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A quoi ça sert de vivre si l'on doit ensuite mourir ? Sa sert juste à rencontrer des gens, les aimer, et ensuite souffrir quand la mort les emporte. Et je sais de quoi je parle. Moi, Adam Ferrie, j'ai perdu mon frère jumeau. Peut-être voulez-vous connaître mon histoire ? Elle s'est passée il y'a cinq mois, dans une petite maison au sud de la France.
Flash Back :
« Adam ?
- Ouais ?
- Tu sais pourquoi Maman pleure depuis qu'on est rentrés de chez le médecin ?
- Pourquoi vous êtes allés là-bas ?
- Bah, je crois que j'ai une angine, j'arrête pas de tousser. En tout cas, va savoir pourquoi, le docteur voulait pas me dire ce que j'ai.
- Peut-être que Maman a épluché trop d'oignons ?
- Pff, t'es débile.
- Moins que toi, frérot, répondit Adam en lançant un clin d'½il à son frère.
- Gabi ! Adam ! Venez ! cria leur mère de la cuisine.
- On arrive ! dirent en c½ur les deux garçons. »
Leur mère les invita à s'assoir face à elle, et sécha rapidement ses larmes, ce qui intrigua les deux jumeaux.
« Maman, pourquoi tu pleures ? demanda Gabriel.
- Justement, je comptais vous parler de ça. C'est très important, répondit-elle en prenant la main de ses deux enfants. Les garçons, c'est très dur pour moi d'en parler, et il faudra être fort, d'accord ?
- Euh... Oui, dirent-ils en même temps.
- Et bien, voilà. Si tu as autant mal aux poumons quand tu tousses, Gabi, c'est parce que tu... tu as une maladie des poumons... Tu as la... tuberculose.
- La quoi ? s'étonna Gabi.
- La tuberculose, c'est une maladie qui te fera beaucoup tousser.
- Ha, bah c'est pas grave, je vais me soigner ! dit-il en souriant. Il ne faut pas en pleurer !
- Mais...
- Hey, Adam ? Pourquoi tu pleures toi aussi ? demanda Gabi en regardant son frère qui pleurait silencieusement. »
Contrairement à Gabriel, Adam avait tout à fait comprit que son frère était atteint d'une maladie mortelle et qu'il avait très peu de chance de s'en sortir. Apprendre ça fut un choc, comme un poids qui s'écrasa sur lui.
« Mais y'a rien de grave, dit naïvement Gabriel, l'air étonné de voir sa famille s'effondrer en larmes. Je vais vite guérir !
- Non Gabi, s'écria Adam en pleurant, t'as rien compris ! La tuberculose est une maladie très grave, et des milliers de gens en meurent ! »
Un rictus déforma le visage du plus jeune qui retira sa main de la paume de sa mère et se releva de son tabouret.
« Qu... Quoi ? Qu'est ce que tu racontes ? balbutia-t-il en reculant.
- Tu es atteint d'une maladie mortelle, Gabi ! cria Adam, la voix brisée par ses sanglots.
- Je... Je... »
Gabi ne savait pas quoi dire tant il était bouleversé. A son tour, les larmes roulèrent sur ses joues. Il porta sa main à son c½ur, l'air profondément choqué.
« Je... Je vais mourir ? bredouilla-t-il d'une voix d'enfant.
- Gabi.. Je... oui, soupira sa mère en étouffant un sanglot. »
S'en était trop pour Gabriel qui s'écroula par terre en éclatant en sanglots. Il était terrifié. Alors comme ça, il allait bientôt mourir ? A cette pensée, il pleura de plus belle, en cachant son visage entre ses mains. Sa mère et son frère se précipitèrent sur lui et le prirent dans ses bras, où il laissa s'écouler toute sa crainte de devoir mourir prématurément.
« Je veux pas mourir, non, je veux pas, sanglotait-il bruyamment, Maman, je veux pas !
- Moi non plus, mon chéri, je ne veux pas te perdre, murmura-elle en laissa glisser silencieusement ses larmes.
- Maman, j'ai peur... Qu'est ce qu'il va m'arriver ?
- Tu vas devoir prendre beaucoup de médicaments, et faire très attention à toi...
- Oh... Maman... J'ai peur... »
Gabriel nicha son visage dans le cou de son frère et après s'être totalement épuiser à pleurer, il se calma petit à petit.
Le soir venu, après que Gabriel se soit endormit, Adam s'allongea sur le canapé, fatigué. Il fourra sa tête entre ses bras, et soupira de tristesse. Il sentit le canapé s'affaisser près de lui et releva immédiatement la tête. Sa mère lui adressa un sourire empli de tristesse et passa sa main dans les longs cheveux noirs de son fils.
« Comment te sens-tu, mon chéri ? demanda-t-elle d'une voix douce.
- Ca pourrait aller mieux, répondit Adam.
- Tu devrais aller dormir, tu as besoin de repos, il faut être fort pour Gabi...
- Maman, je ne veux pas le perdre, murmura Adam en sentant les larmes remonter.
- Chhht... Du calme... chuchota-t-elle en le relevant pour le prendre dans ses bras.
- Déjà qu'on a perdu Papa, pourquoi faut-il que Gabi parte aussi ??
- Je ne sais pas... »
Dépassé par tout ces évènements, Adam s'endormit dans les bras de sa mère qui le porta jusqu'à son lit.
*
Neuf mois se sont écoulés depuis l'annonce de la maladie de Gabriel, et celui-ci luttait contre elle. Ses crises de toux étaient de plus en plus rares, au plus grand bonheur de tous.
Pourtant, il a fallut que tout bascule en peu de temps.
Un jour de vacances, alors que leur mère était partie faire quelques courses, Adam et Gabi jouaient à la console. Tout à coup, Gabi sentit ses poumons se compresser dans sa poitrine et sa gorge lui brûler. De violentes toux le faisaient sursauter et trembler. Il se sentait de plus en plus faible et se laissa tomber sur le canapé. Adam abandonna sa manette et s'assit à côté de son frère.
« Gabi, ça va pas ? s'inquiéta le plus vieux.
- J'ai... la gorge qui brûle... répondit en toussant Gabriel.
- Attends, je t'apporte tes médicaments. »
Adam se précipita dans la cuisine et attrapa ses médicaments et une bouteille d'eau. Il les donna à son frère qui les avala d'un trait. Mais sa toux ne se calma pas pour autant.
« J'appelle Maman, dit Adam en attrapant le téléphone.
- Non, ça va pass... »Gabi fut coupé par une violente toux, encore plus douloureuse que les autres. Dans sa bouche se répandit un liquide amer qu'il s'empressa de cracher dans un mouchoir. A sa grande surprise, il remarqua que le mouchoir se teintait de sang.
« Oh mon Dieu... Adam, dit-il sans lâcher du regard le mouchoir.
- Quoi ? Oh ! »
Adam fut prit d'une bouffée de panique, et s'écria :
« Oh mon Dieu ! J'appelle Maman ! »Il composa rapidement le numéro de sa mère qui répondit au bout de la deuxième tonalité.
« Allô ?
- Maman, c'est Adam, Gabi, il a... Ses crises, elles reprennent, il a craché du sang ! bégaya Adam, paniqué.
- Quoi ?! Appelle une ambulance, vite ! J'arrive ! »
Adam ne se fit pas prier et appela vite une ambulance. Après leur avoir donnés toutes les informations nécessaires, Adam raccrocha et s'occupa de son frère, qui prenait une teinte rougeâtre tant les toux l'empêchait de respirer correctement. Adam tentait de le rassurer, mais c'était plutôt dur, tout en sachant que lui-même paniquait.
« Ca va aller, Gabi, ne t'inquiètes pas, maman va arriver, et les ambulanciers aussi. Tout ira bien frérot... dit-il en serrant fortement la main de son jumeau.
- Adam... Adam... répétait Gabi en suffoquant.
- Calmes-toi, tout ira bien... »
Mais Gabi manquait tellement d'air qu'il s'évanouit. Son corps s'étala dans les bras de son frère.
« Gabi, non ! Gabi ! Restes avec moi ! Gabriel !! cria Adam en secouant le corps inconscient de son frère. »
Mais il ne se réveilla pas, et son visage rougissait de plus en plus. Adam paniquait plus que tout, il secouait son frère, lui donnait des tapes sur les joues, mais rien. Alors, il entendit les sirènes de l'ambulance et fut soulagé. Il porta son frère dans ses bras et sortit en courant.
« Aidez-moi ! Je vous en supplie ! hurlait-il aux ambulanciers qui dépliaient le brancard. »
Deux hommes s'emparèrent de son frère et le poussèrent. Ils allongèrent le faible corps et lui mirent un masque à oxygène sur le visage.
« On l'emmène, vite ! dit le plus vieux de tous en mettant le brancard dans l'ambulance.
- Et moi ?! cria Adam, dont la terreur ravageait son visage.
- Tu peux montrer, mais où est votre mère ?
- Elle revient, elle était partie faire des courses.
- D'accord, appelle la et dis lui d'aller à l'hôpital Saint-Rémi. »
Adam grimpa dans l'ambulance qui démarra en trombe.
A l'hôpital, son frère fut amené d'urgence en salle de réanimation où Adam ne put le suivre. Il resta dans la salle d'attente à angoisser. De longues minutes s'écoulèrent quand sa mère débarqua, affolée. Quand elle vit son fils, elle se précipita sur lui et le prit dans ses bras.
« Adam ! Comment va ton frère ?!
- Je sais pas encore... Il est en salle de réanimation.
- Depuis combien de temps ?!
- Je sais pas, peut-être dix minutes.
- Mme Ferrie ? appela un homme vêtu d'une blouse blanche.
- Oui ?! s'écrièrent Adam et sa mère.
- Votre fils va un peu mieux, mais il a frôlé la mort.
- Oh mon Dieu ! laissa échapper Adam.
- Comment va-t-il ?
- Et bien... Il est très fatigué, il reste sous respiration artificielle.
- Je peux aller le voir ?! supplia Adam.
- Hmm... Pour le moment, il dort. Mais si vous y tenez vraiment... Il est dans la chambre 411. »Adam ne prit pas la peine d'écouter le reste et courut vers la chambre de son frère. Devant la porte, il s'arrêta net et l'ouvrit doucement. La pièce était assez sombre, mais il pouvait distinguer la silhouette allongée de son frère. Il entra à pas de loup, et s'assit sur la chaise près de lit. Un bip régulier sonnait, signe que son frère était bien en vie. Adam glissa ses doigts entre le poing de son frère endormit et lui murmura :
« Hey frérot, tu m'as fais trop peur, tu le sais ? Ne me refais plus jamais ça... Ok ?
- ...
- Je t'aime Gabi... Je ne veux pas te perdre... Je t'en pris, reste avec moi...
- ... »Adam sentit sur sa joue une larme rouler. Il soupira et se pencha en avant de sorte que sa tête soit sur le lit afin de dormir un peu.
Une faible pression autour de ses doigts le sortir de son sommeil. Il ouvrit péniblement les paupières, et remarqua que la pièce s'était un peu plus assombrie. Il devait être dix-neuf heures, il avait donc beaucoup dormi. Il alluma la lampe de chevet et sursauta en voyant les yeux de son frère posé sur lui.
« Gabi ! T'es réveillé ! s'exclama-t-il, rassuré.
- ...
- Gabi ? »
Mais le visage de Gabriel était terriblement pâle, et il ne semblait pas aussi heureux que son double. Il n'ouvrait pas la bouche, peut-être à cause du masque qui le gênait.
« Gabriel, ça va pas ? »
Brusquement, un long bip retentit sans aucune interruption, et Gabi ferma les yeux. Adam haleta de peur, et se releva en sursautant.
« Gabi ?! Gabi ??! Au secours !! cria Adam, prit de panique. »
Ses cris alertèrent les médecins et infirmières qui débarquèrent en courant dans la chambre avec un énorme appareil de réanimation. Ils poussèrent violemment Adam en arrière, qui était pétrifié. Son c½ur battait à toute allure dans sa poitrine, des sueurs froides coulaient sur son front, et il assistait à une scène qu'il n'oubliera jamais : le corps de son frère qui se soulevait au contact de la machine, mais retombait mollement dans les draps, sans aucun signe de vie. Une infirmière essaya de faire sortir Adam, lui disant d'attendre avec sa mère dans la salle d'attente, mais Adam ne pouvait pas bouger, son corps refusait de faire le moindre mouvement. Il gardait sa respiration coupée en attendant le verdict du médecin qui ne tarda pas. Les infirmières et médecins cessèrent de s'agiter. Certains rangèrent le matériel, un autre regarda sa montre, et nota dans son carnet :
« Heure du décès : 19h13. »
Il s'approcha d'Adam, l'air désolé, et posa sa main sur son épaule en disant :
« Nous sommes désolés, nous avons fait tout ce que nous avons pu... »Adam s'étouffa en entendant cette phrase. Le mot qu'il redoutait tant résonnait dans sa tête. Décès. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais aucun son ne réussit à sortir, ils restaient coincés dans sa gorge. Son menton tremblait ainsi que sa poitrine. Il voyait de plus en plus trouble, sûrement ses larmes. Mais il ne se rendait pas compte qu'elles coulaient. Il restait là, immobile, n'arrivant pas à comprendre ce qu'il venait de se passer.
« Emmenez le corps à la morgue, dit le médecin en se tournant vers ses collègues. »
Adam releva la tête d'un coup. Malgré les larmes noyant son regard, on pouvait distinguer du chagrin, de la colère, et de l'incompréhension. Tous ces sentiments n'arrivant pas à sortir la minute d'avant surgirent d'un coup. Alors, sans vraiment le vouloir, il se jeta sur le médecin et hurla, la voix entrecoupée par ses sanglots :
« NON ! NON, IL NE PEUT PAS ÊTRE MORT ! NON ! GABRIEL ! »
Il lâcha le médecin qui tomba par terre, abasourdi, et il se rua vers le corps sans vie de son frère. Mais un infirmier le stoppa dans sa course en l'emprisonnant dans ses bras. Adam voulut se débattre, il hurlait de le lâcher, que son frère ne pouvait pas être mort. Sa voix se brisait quelques fois dans ses sanglots. Sentant que l'infirmier refusait de le lâcher, il commença à envoyer des coups de pieds un peu partout. L'infirmier le souleva, pensant que ça le calmerait, mais les coups de pieds fusaient encore plus. Le médecin cria de le plaquer à terre, il allait lui injecter un calmant. Avec l'aide de plusieurs médecins et infirmiers, Adam fut collé au sol. Mais ses interminables sanglots lui coupaient la respiration, et son corps fut vite secoué par des convulsions. Sa tête lui tournait, il avait mal au ventre, comme si on le ruait de coups. Il hurlait, appelait son frère à l'aide et gigotait dans tout les sens. Puis il sentit une aiguille transpercer son avant-bras. Lentement, son corps s'ankylosa, ses paupières se firent lourdes, et il sombra dans l'inconscience.
Il se réveilla avec un effroyable mal de tête, et une sensation bizarre. Il avait l'impression que son ventre avait été vidé de tout, et qu'à présent se trouvait simplement un énorme vide. Son c½ur semblait se resserrer à chacune de ses inspirations. Il tourna la tête à sa gauche et vit sa mère de dos. Il ne reconnaissait pas l'endroit où il était, tout était si blanc. Il voulut appeler sa mère, mais sa voix refusait de franchir ses lèvres et resta coincée dans sa gorge, laissant échapper un gémissement. Sa mère se retourna vers lui, et sembla soulagée. Elle s'assit près de lui et caressa sa joue.
« Mon ange, comment vas-tu ?
- Je... »
Sa gorge était sèche, ce qui lui rendait sa voix horriblement rauque. Pour lui répondre, il hocha simplement de la tête. Sa mère prit une grande inspiration, et murmura d'une voix tremblante :
« Je suis énormément triste de la perte de Gabi... Je sais à quel point tu l'aimais, et saches que je serais toujours là pour toi. »
Adam ne put retenir un sanglot et enroula ses bras autour du cou de sa mère pour y laisser s'échapper ses larmes. Sa mère pleura aussi en caressant les cheveux de son dernier fils. A présent, il était la seule personne qu'elle avait, et elle ferait tout pour qu'il ne parte pas.
Tamy
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